Retour au sommaire Retour à la page précédente










CONTE ET MUSIQUE :

Conte et Musique.
La Musique semble être le support le plus harmonieux, le moins piégeant pour le conte lui même.
Elle est celle qui va permettre à celui qui écoute, de rester dans la construction de ses propres images, de son propre chemin.
Nous utilisons beaucoup d'instruments lorsque nous racontons. Ils sont parfois étranges, insolites, surprenants.
Aussi, il nous semble toujours nécessaire lorsqu'un nouvel instrument arrive, de lui laisser d'abord une place rien que pour lui.
Ceci évite que l'enfant ne soit, pendant l'histoire, focalisé sur ses questions relatives à l'objet instrument.
Une fois que l'objet est "connu", on peut alors utiliser ses possibilités sonores en parallèle avec la parole, avec moins de risque de parasiter le Conte qui se déroule.

Une question se pose :
Et si la musique était déjà à l'intérieur des mots, si nous proposions une parole musicale, rythmée, rythmique,... : Philippe Vaillant nous dit : "L'oralité, c'est la musique du son par la langue."
Voici un document sur la musicalité de la paroleLa musicalité de la voix parlée . C'est un document de recherche de l'IRCAM, de Grégory Beller.

Une autre question du moment : La musique doit-elle être ou non "illustrative" ?
"Illustratif, moi? surtout pas ! (par Marien Tillet, dans la Revue "La Parole, n°36)

Le conteur peut être musicien , dans un autre cas, il peut être accompagné par un musicien et c'est bien dans ce dernier cas qu'il faut trouver la bonne, la juste place à celui qui parlera avec la musique... en essayant de toujours rester au service de l'histoire.
conter avec un musicien une page qui traite de cette question (projet éducatif)

A ne pas confondre "Conte et musique" et "Conte musical".
Dans le conte musical, c'est la musique qui devient première, et non plus le Conte. C'est autre chose.
Lorsque nous utilisons la musique dans nos contes, le but est de "transcender" un moment de l'histoire, de poser une atmosphère, une ambiance. Le conte reste premier.
Un article sur le conte musical dans la litterature jeunesse.

conteur pour enfants




Points de vue de Conteurs... et autres avis éclairants :

Pour apporter votre témoignage

Gilles Bizouerne - conteur - région Parisienne
...j'aimerai intervenir sur le thème "Conte et musique" en complément des 3 articles proposés, afin d'alimenter le débat, d'offrir un autre regard. En effet, je travaille depuis quelques temps sur cette question, voici donc, ci-dessous, mon point de vue.

Pour compléter les articles de Philipe, Marien et Claude, je voudrais apporter quelques réflexions sur cette thématique. J'ai eu de nombreuses occasions de vivre des moments de conte et musique, et en tant que conteur, je poursuis mes recherches dans ce domaine.

Comme spectateur, j'ai éprouvé de grandes sensations dans certains spectacles lorsqu'il y avait une fluidité entre la parole et la musique, un mouvement entre ces deux langages, une énergie qui permettait au récit de rayonner pleinement, d'être plus vivant.
Il y a au-delà des mots, une justesse musicale et profonde qui révèle un sens et invite chacun d'entre-nous, à contacter ses propres sentiments, son imaginaire.
"La parole est sons, timbres, intensités, ton, rythmes. La parole est musique. La musique est parole." (Valéry Arzoumanoff)

Dans les contes, la musique peut avoir divers objectifs. Celui d'un bourdon pour être une référence, soutenir la voix et permettre de se recentrer. Elle joue aussi le rôle de respiration, au sein ou entre les histoires. Elle a la capacité d'illustrer, d'ouvrir, de poser un univers, de renforcer le conte...Ces moyens peuvent évoluer, se mélanger au fil des histoires et le positionnement du musicien s'en trouve changé : accompagnateur, interprète, créateur.
Ces chemins possibles sont à définir selon les désirs des artistes et leur démarche.
Pour l'auditoire et les enfants en particulier, la musique dans les contes est souvent source de découverte et d'émerveillement.

Je ne vais pas évoquer dans cet article les conteurs qui sont également musicien et joue seul.
Par contre, dans ma pratique, j'ai découvert la difficulté pour les musiciens d'être interprète au service de l'histoire. Lors de mes recherches et expérimentations, la question du savoir-faire apparait rapidement. Il n'est pas facile pour un artiste pratiquant son instrument depuis des années de comprendre et d'accepter que parfois deux notes suffisent amplement au récit. L'économie de moyen permet au vide d'apparaitre, de laisser la place au silence et à l'imprévu.
Et, de même manière, il n'est pas aisé pour un conteur d'entendre attentivement la texture sonore proposée, et de conduire ou suivre les propositions, de laisser une juste place au musicien. Une alchimie se crée lorsque les conditions sont rassemblées pour qu'une énergie circule et se transforme.

Il y a aussi la question de la présence scénique, de son corps dans l'espace. Le musicien se retrouve dans une relation souvent intime avec l'auditoire et en "pleins projecteurs" (et non caché au sein d'un orchestre ou d'un groupe). Alors, une prise de conscience de la présence de l'artiste sur scène me parait nécessaire selon les intentions désirées et les relations souhaitées entre les différents sujets : les artistes, le récit, le public, le lieu. Il s'agit de trouver un équilibre, une harmonie sensible entre ces paramètres.

En plus, selon les histoires, leurs origines, la langue utilisée et la provenance des narrateurs, il y a de multiples manières de raconter.
Beaucoup de traditions orales sont directement liées à l'association du conte, du chant, et de la musique : je pense au barde, au griots, à certaines techniques étudiées lors de la récitation de texte épique comme par exemple le Kalévala en Finlande, au Pansoori en Corée...

Pour poursuivre cette réflexion sur Conte et Musique, comme spectateur ou artiste, on peut toujours se poser des questions simples :
Est-ce que la musique apporte quelque chose à l'histoire ?
Est-ce qu'elle suscite une qualité d'écoute et favorise la compréhension du conte ?
Est ce qu'elle dévoile des sensations/vibrations impossibles à dire ?
Est-ce que la parole, les motifs, les images du récit sont renforcés par l'accompagnement musical ?
Comment se construit le partage, le tissage, l'émulation entre les sons de la voix et de l'instrument ? Y a t'il de la place pour le silence, de l'espace pour le vide ?


Gilles Bizouerne (Avril 2007)
http://gillesbizouerne.com

Retour en haut de page